Dix ans déjà que nous avons adhéré à l'association des jardins bellilociens. Dix ans que nous cultivons nos parcelles, avec plus ou moins de bonheur selon les saisons et les années, soumis que nous sommes, au bon vouloir et aux caprices de la nature. Pour mettre toutes les chances de notre côté, quant à la réalité et l'abondance des récoltes, il y a une chose incontournable, c'est l'apport de fumier en amendement d'une terre pauvre et ingrate à l'origine. La première année où nous avons cultivé ce terrain, nous avons naïvement cru qu'une terre reposée en friches pendant des années, aurait eu le temps de se régénérer et n'avait pas besoin d'être amendée, sauf au moment des semis et plantations. Ça a été vrai pour certains légumes peu gourmands qui se sont contenté d'un apport ciblé. Mais les autres légumes (comme les tomates) dont les besoins sont plus importants ont végété. La terre avait été épuisée par les précédents propriétaires et n'avait plus grand chose à nous offrir la pauvrette. Ce qui aurait dû nous mettre la puce à l'oreille, c'est qu'il ne poussait que des chardons et du liseron. Les autres herbes ont besoin d'un sol riche pour s'implanter. Dès la seconde année, nous avons tiré la leçon de ce manque de récolte et nous avons décidé d'enrichir et d'ameublir la terre. En Ardèche, quand j'étais enfant, ma grand-mère utilisait le fumier de ses chèvres dans son potager. C'est ballot! Nous n'avons pas de chèvres! Alors, nous, quel fumier allions-nous utiliser? Le seul animal qu'il y ait en grande quantité dans le coin, ce sont les chevaux et surtout des camarguais qui vivent à longueur d'année dans les prés. Leur crottin, qu'ils essaiment au gré de leurs déplacements, pas évident de le récolter. Certains éleveurs, ce sont lancés, en parallèle, dans le gardiennage de chevaux un peu plus "nobles", qui eux, nécessitent d'être hébergés dans des stalles. Qui dit stalle, dit paille et dit nettoyage régulier des dites stalles...et au final dit tas de fumier. Nous nous sommes donc mis à la recherche d'un propriétaire ayant ce genre de fonctionnement. C'est alors que nous avons découvert une chose à laquelle nous ne nous attendions vraiment pas, c'est que ce fumier était payant. Oh, mais non, mais non! C'est que nous, il allait nous en falloir une grande quantité de fumier et à longueur d'année. Nous et notre terre sommes de grands consommateurs de fumier. Bêtement, nous avons fait appel à internet espérant un miracle. Le miracle a eu lieu, nous avons trouvé un propriétaire qui voulait se débarrasser de son fumier, gratuitement, et faisait appel à de bonnes volontés pour l'enlèvement. Nous l'avons contacté et c'est ainsi que nous avons eu notre fumier pendant quelques années. Nous avions même créé des liens de sympathie avec ce monsieur. Le couple était en location à cet endroit-là et était en pour-parler pour l'achat d'un terrain un peu plus loin sur la même route. Les pour-parler traînaient en longueur, quelques ennuis avec leurs chevaux en gardiennage, le monsieur est mort brutalement d'une crise cardiaque. Son épouse a quand même continué leur projet débuté en commun. A force de témérité, elle a concrétisé l'achat de son terrain et l'a aménagé. Nous continuons donc à aller chercher du fumier chez elle. Sauf, que du fait qu'elle n'a plus de stalles puisqu'elle ne fait plus de gardiennage, c'est du crottin pur que nous ramenons au potager. Elle élève des poneys, une dizaine, qui sont parqués dans des enclos.

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Elle nettoie régulièrement ces enclos et entasse le crottin au fond de son terrain. Nous allons régulièrement en chercher avec la remorque. Et pour que la manipulation soit plus facile pour le charger et le décharger avec nos muscles un peu atrophiés par l'âge, nous le mettons dans des poubelles. Dix poubelles, pile poil ce qui rentre dans la remorque, en les plaçant en quinconce et en les empilant deux par deux.

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Avant hier matin, à neuf heures, quand nous sommes arrivés sur les lieux, il faisait un peu frisquet. Mais au bout de quelques pelletées, rendues lourdes par les dernières pluies, nous étions déjà bien réchauffés. Un peu physique comme travail mais ça fait du bien de se remuer un peu. L'hiver, j'ai tendance à me rouiller un tantinet. Le lendemain, j'avais quelques courbatures, mais quand c'est musculaire, ce n'est pas si désagréable que ça. Je vous entends bien vous demander pourquoi faire ça en hiver et ne pas attendre le printemps. Et bien, voilà. Nous ne choisissons pas vraiment le moment. C'est la météo qui décide pour nous. Quand il pleut trop, nous ne pouvons pas accéder au potager en voiture. Nous nous empressons donc de faire nos manipulations dès que c'est sec. Depuis la fin de l'automne, nous avons été gâtés en pluie. Un peu trop même, nous n'en demandions pas tant. Puis, s'en est suivie une longue période de vent. Mistral et Tramontane se sont chargé d'assécher la terre. Mais il faisait froid, du moins en ressenti. Un peu de gel a fait se raidir et se déraidir la terre. Là, les conditions sont enfin redevenues idéales. Nous nous sommes donc empressés d'aller chercher du fumier, de l'étaler et de l'enterrer en passant un premier petit coup de motoculteur.

Voici donc les tas de crottins avant d'être étalés:

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Puis le crottin étalé avant labourage:

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Y a plus qu'à se dépêcher de passer le motoculteur avant les prochaines pluies. Mais bon, ça, c'est le jardinier en chef qui s'y colle...