La culture des légumes en plein champ, ce n'est pas la culture des légumes dans un potager ordinaire. La culture des légumes en plein champ demande de s'adapter à un nombre d'aléas incalculables, incontournables et imprévisibles. Il faut souvent  faire preuve de beaucoup d'ingéniosité. Si nous en sommes venus à clôturer notre parcelle, c'était pour protéger nos plantations de la gourmandise des lapins. Si nous en sommes venus à modifier notre clôture, c'est pour empêcher les ragondins de pénétrer dans l'enceinte ainsi créée. Cette clôture n'est pas assez haute pour stopper les lièvres et leur légendaire détente qui leur permet de battre des records de saut en hauteur. Elle a quand même dissuadé les sangliers de venir faire un saccage à l'automne, comme ils l'ont fait chez nos voisins dont les terrains ne sont pas clôturés. Malgré cette clôture, nous avons encore de nombreux visiteurs et pilleurs de récoltes. Les grands visiteurs à deux pattes, très gourmands qui peuvent récolter 30 salades et même plus en une rapide visite nocturne et qui enjambent la barrière ou mieux ouvrent les portillons. Les plus petits emplumés, tels les perdreaux qui, quand ils débarquent en planant, en compagnie entière, peuvent "brouter" jeunes salades et épinards en quelques heures à peine. Ils sont reconnaissables aux fientes qu'ils nous laissent en cadeau. La clôture ne permet pas non plus de laisser à l'extérieur les armées de fourmis qui transportent nos graines jusque dans leur garde-manger. Les dernières pluies d'automne ont fait proliférer les limaces qui ont transformé feuilles de salade et de choux en belles dentelles inconsommables. Et puis, il y a aussi les rats des champs; campagnols reconnaissables à leur  queue courte et les mulots à la queue plus longue. Les campagnols mangent les racines des plantes. Ils sont friands de celles des artichauts, des poireaux. Ils font donc mourir ses plantes qui s'étiolent en un rien de temps. Eux, sont repérables aux petits monticules de terre qu'ils font en bout de galerie. Leurs galeries peuvent faire des centaines de mètres et passer d'un jardin à l'autre sans se faire voir. Nous avons appris à les piéger lors d'une invasion sans précédent. Maintenant, nous avons compris qu'il ne fallait pas les laisser s'installer et piéger dès la première apparition d'un monticule. Nous maîtrisons. Le mulot, lui, consomme des fruits et légumes. Il n'est pas suffisamment vorace pour qu'il devienne notre ennemi juré. C'est pourtant à cause de lui que nous avons dû inventer une façon un peu originale de semer nos fèves. Il y a deux ans, nous avons dû semer trois fois nos fèves pour espérer avoir une récolte que l'on qualifiera d'honnête. Cette année-là, la première fois que nous les avons semées, les graines ont disparu en une nuit, un petit trou visible à l'emplacement de la graine. Nous les avons donc semées une deuxième fois en les recouvrant d'un voile de forçage. Elles ont levé normalement et nous avons dû enlever le voile dès qu'elles ont commencé à le soulever. Là aussi, elles ont été coupées au ras de la graine qui restait encore sur le pied levé et la graine pourtant germée avait disparue. Nous les avons alors semées sous un filet mais une fois la fève grandie, ce n'était pas très pratique. Au printemps, nous avons retrouvé des graines de fève entassées sous des planches, des couverccles de poubelle retournés, et autres cachettes improvisées. Le chef jardinier en est donc venu à "inventer" une façon assez saugrenue de  semer les fèves. Nous avons expérimenté cette façon de faire l'année dernière. Et vu la réussite de l'expérience, nous avons récidivé cette année...et semons désormais les fèves à la mode de chez Michel. Voici   la méthode en mots et en image.

Le principe était donc, de mettre les graines en terre et de les protéger contre toute invasion. Comment l'idée a germé dans la tête du jardinier, je n'en sais fichtre rien. Il a décidé de les semer en poquet de trois dans une bouteille plastique dont il coupe le fond et le goulot. 

20190118_150829

On plante donc les bouteilles en ligne, on introduit ensuite les trois graines dans le fond, on recouvre de terre et on dame. On met ensuite le goulot à l'envers dans la bouteille. Ça empêche les bestioles de rentrer et ça fait entonnoir pour l'arrosage. Pas bête, non? 

On a ainsi semé trois rangées, mais à un mois d'intervalle environs entre chaque rangée. C'est un peu long et chaque fois, nous avons été stoppés par la météo pluvieuse. La première rangée a été semée par notre plus jeune petit fils aux vacances de la Toussaint. Elles étaient déjà bien levées quand nous avons semé la deuxième rangée mi-décembre. Nous venons juste de semer la troisième. Nous les récolterons ainsi en décalé. Les premières semées sortent bien de la bouteille maintenant. Les secondes sont à mi bouteilles. Nous avons dû retirer les entonnoirs pour les laisser s'épanouir.

 20190118_09430120190118_094323

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20190118_110626

Les dernières mises en bouteille, n'ont plus qu'à germer tranquillement. Ces bouteilles, protectrices des mulots, gardent aussi les plants à l'abri du gel et des intempéries. Nous n'auront plus qu'à les retirer quand les grands froids seront passés. Évidemment, ces bouteilles font parler d'elles et éveillent la curiosité des visiteurs. C'est le troisième effet Kiss cool...

Il n'y a pas que les graines de fèves qui disparaissent, celles de petits pois également. Mais là, nous pensons que ce sont les gros oiseaux, genre pigeons ou perdreaux qui les picorent. Un voile de forçage suffit  à les protéger, parce qu'une fois levés, les plants ne risquent plus rien. Les premiers, ceux mis à l'automne, nous les avions protégés sous un châssis, en même temps qu'une rangée de salades. Les petits pois vont bien, mais les salades se sont faites manger par les limaces. Nous venons de semer, hier, deux autres rangées, sous un voile. La petite pluie qui est tombée aujourd'hui va parfaire notre travail.

20190118_153252

20190118_153230

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette pluie est la bienvenue. On peut voir, sous le châssis, que la terre redevenue sèche commençait à se craqueler. Le problème, c'est que nous ne pouvons pas arroser, l'hiver, parce que la conduite d'eau principale est coupée à partir du compteur pour éviter que le gel l'endommage. Nous avons une réserve d'eau dans des tonneaux, mais nous l'économisons et ne nous en servons qu'en cas d'urgence. Ça maintient juste les légumes en vie. Quand il gèle, nous ne pouvons pas arroser. Ce serait néfaste pour les plants. Et pourtant, le gel et le vent déshydratent les végétaux. Voilà pourquoi c'est parfait quand c'est la nature qui se charge de l'arrosage, comme aujourd'hui. D'autant quand c'est une pluie fine et régulière...